Limites techniques : là où la technologie ne suffit pas (encore)
L’une des grandes promesses du numérique est de « s’affranchir » des contraintes physiques. Mais la réalité révèle plusieurs défis majeurs.
Qualité et stabilité de la connexion : l’épine dorsale sous tension
La qualité de la connexion Internet conditionne la réussite de toute session d’interprétation à distance. Or, selon l’International Association of Conference Interpreters (AIIC), 29 % des interprètes déclarent faire face à des coupures, du lag ou une perte de qualité sonore au moins une fois par semaine (source : AIIC, Technical Report 2022).
- Ces problèmes impactent gravement la fluidité du dialogue et la précision de la traduction en temps réel.
- Les zones géographiques desservies par des infrastructures Internet instables sont particulièrement pénalisées.
Les solutions par satellite ou les connexions 4G/5G apportent des alternatives mais ne gomment pas totalement le problème, surtout dans les pays émergents ou les zones rurales.
Les limites des plateformes d’interprétation à distance
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Une ergonomie parfois complexe pour les utilisateurs finaux — certains clients rapportent une prise en main difficile des outils, ce qui ralentit le lancement des sessions (Slator, 2021).
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L’intégration insuffisante avec d’autres outils professionnels (visioconférence, gestion documentaire, etc.), ce qui oblige à multiplier les interfaces.
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Les limites en termes de gestion simultanée de plusieurs langues. Peu de plateformes gèrent plus de 4 à 6 langues avec la même fluidité qu’une organisation sur site.
Qualité audio et fatigue vocale
Contrairement à la cabine d’interprète équipée de matériel professionnel, l’interprétation à distance implique souvent l’utilisation de casques standards et de microphones non adaptés.
- La fatigue auditive se révèle supérieure à distance (+30 % selon une enquête de l’AIIC sur le télétravail des interprètes en 2021), pouvant nuire à la performance.
- La réverbération, les bruits de fond (chez l’interprète ou l’orateur) augmentent le risque d’erreur ou de perte d’informations.
Confidentialité et cybersécurité : des enjeux cruciaux
De nombreux secteurs (santé, justice, administration) gèrent des informations hautement sensibles.
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Des incidents de cybersécurité ont déjà eu lieu : en 2021, la base de données d’une plateforme d’interprétation a été brièvement exposée, entraînant une fuite de données personnelles (Cyberscoop).
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Les risques de détournement ou d’écoute illégale nécessitent des logiciels et une sensibilisation renforcés.
Malgré des avancées, toutes les plateformes n’offrent pas de chiffrement de bout en bout, et encore trop de clients considèrent la sécurité comme secondaire.