Garantir la sécurité lors d’une interprétation à distance : recommandations des experts linguistiques

28 août 2025

er-tim.fr

Présentation des risques spécifiques à l’interprétation à distance

Les prestations d’interprétation, en visioconférence ou par téléphone, mettent régulièrement en jeu des informations sensibles : santé, justice, administration, finance… Selon une enquête de l’Association internationale des interprètes de conférence (AIIC), 83 % des professionnels rencontrent des situations impliquant des données confidentielles lors des prestations à distance.

Les principaux risques identifiés :

  • Interceptions non autorisées : piratage de flux audio ou vidéo via des connexions non sécurisées.
  • Fuites de données : partage involontaire de documents, captures d’écran ou enregistrements non maîtrisés.
  • Intrusions malveillantes : participation d’invités non autorisés, usurpant une identité ou profitant d’un lien de visioconférence partagé trop largement.
  • Manques de traçabilité : difficulté à savoir qui a accédé à quoi et à quel moment.

Selon IBM, le coût moyen d’une fuite de données dans le secteur de la santé dépasse 10 millions de dollars par incident. Or, dans de nombreux contextes, un seul mot traduit de travers ou intercepté suffit à compromettre une affaire ou à porter préjudice à une personne.

Critères de choix d’une plateforme d’interprétation : sécurité et conformité avant tout

Toutes les plateformes de visioconférence ne se valent pas en matière de sécurité, surtout lorsqu’il s’agit d’événements multilingues avec plusieurs intervenants externes. Les experts ER-TIM recommandent donc d’analyser le cahier des charges technique des outils, au-delà de leur simple convivialité.

  • Chiffrement de bout en bout (E2EE) : impératif pour que seuls les participants puissent accéder au contenu. Zoom, Teams et Cisco Webex affichent désormais des options avancées, mais celles-ci doivent être activées manuellement sur certaines plateformes.
  • Gestion fine des accès : authentification forte des participants, invitations nominativen limitation du partage de liens publics.
  • Contrôle des enregistrements : possibilité de restreindre la fonction d’enregistrement et la sauvegarde automatique des conversations. Le RGPD exige que chaque enregistrement soit explicitement justifié et seulement accessible aux personnes autorisées.
  • Suppression régulière des logs : limitation de la conservation des traces techniques (journalisation) évitant l’accumulation de risques.

Le choix d’une plateforme spécialisée dans l’interprétation à distance, telles Interprefy, KUDO ou VoiceBoxer, permet de bénéficier de modules de sécurité spécifiques (cabin management, séparation stricte des flux audio par langue, gestion instantanée des droits). Ces solutions proposent aussi la signature de clauses de confidentialité spécifiques pour chaque projet.

Bonnes pratiques organisationnelles de sécurité lors des prestations

La sécurité ne repose jamais seulement sur la technique. Des procédures claires et des réflexes professionnels sont incontournables :

  1. Formation des intervenants :
    • Pour les interprètes : comprendre le fonctionnement de la plateforme choisie et les réglages incontournables (activations du chiffrement, vérification des permissions, etc.).
    • Pour les clients : sensibilisation à la confidentialité (éviter de partager inutilement des liens, choisir un environnement calme et isolé).
  2. Procédures d’accès :
    • Préférence aux salles d’attente virtuelles : les participants n’entrent qu’après validation de l’organisateur.
    • Invitations nominatives et contrôlées, limitation des invitations ouvertes.
  3. Réduire l’exposition des données :
    • Éviter le partage de documents à l’écran sauf stricte nécessité – et privilégier les plateformes sécurisées d’envoi de fichiers type WeTransfer Pro, Tresorit, ou SFTP interne.
    • Utiliser le floutage d’arrière-plan pour éviter la fuite d’informations visibles par inadvertance (affichage de documents, post-its, etc.).
  4. Gestion des incidents :
    • Documenter toute suspicion d’accès non autorisé ou de fuite durant ou après la séance.
    • Informer sans délai le responsable de projet afin d’évaluer et limiter les conséquences.

Focus réglementaire : RGPD et autres exigences internationales

Toutes les prestations impliquant des citoyens européens, ou réalisées depuis l’Europe, doivent respecter le RGPD (Règlement général sur la protection des données). Cela signifie :

  • Consentement explicite des participants à l’utilisation d’une plateforme et à la possible captation d’informations personnelles.
  • Hébergement des données sur des serveurs localisés dans l’UE – point à vérifier contractuellement avec chaque fournisseur.
  • Notification de toute violation de données sous un délai de 72h auprès de la CNIL (ou autorité nationale compétente).

D’autres réglementations s’ajoutent, notamment la HIPAA pour le médical (États-Unis) ou le LOPDGDD en Espagne pour les données personnelles. Il est donc recommandé d’opter pour une contractualisation avec des prestataires respectant ces standards selon le type de prestation.

Le rôle de l’interprète dans la chaîne de sécurité

Les interprètes ne sont pas de simples « passeurs » de mots. Selon l’AIIC, 61 % des interprètes travaillent sous contrat de confidentialité spécifique dans le cadre de missions sensibles. Leur rôle actif dans la chaîne de sécurité s’exprime ainsi :

  • Préparation préalable : paramétrage rigoureux des outils personnels (mise à jour, antivirus, mot de passe complexe sur chaque support de connexion).
  • Signalement immédiat de tout incident, même mineur (connexion suspecte, dysfonctionnement, etc.).
  • Refus de toute conduite à risque : diffusion de notes voix après séance, sauvegarde d’extraits audio sans autorisation préalable, utilisation de messageries non sécurisées.
  • Dialogue avec l’organisateur pour synchroniser attentes et consignes (exemple : qui a le droit d’enregistrer, comment procéder si un participant ne parle pas la langue principale, etc.).

Un code de déontologie solide (ex : celui de la SFT pour la France ou de l’AIIC à l’international) oblige l’interprète à protéger la confidentialité aussi bien dans les aspects humains que numériques.

Zoom sur les technologies émergentes en sécurité linguistique

L’innovation avance vite, et les solutions de sécurité évoluent en parallèle :

  1. Identification biométrique : reconnaissance vocale ou faciale pour valider l’identité des intervenants (Microsoft Teams développe ces options pour l’accès à certains types de réunions sensibles).
  2. Watermarking audio : empreintes sonores intégrées dans les flux pour tracer toute fuite potentielle et permettre une enquête a posteriori (projet pilote chez Interprefy).
  3. Systèmes de suppression d’échos et de bruit cryptés pour éviter que des enregistrements pirates capturent de l’information audible en arrière-plan.

Le recours à l’IA pour la détection d’anomalies (ex : IA signalant la présence de participants inattendus, flux de données anormaux ou tentatives d’intrusion) se développe également au sein des grandes organisations internationales.

Adopter une culture de la sécurité partagée

La sécurisation des échanges lors d’une interprétation à distance, c’est finalement une culture à partager : aucun outil ne peut tout faire seul. C’est la combinaison d’un choix technologique robuste, de procédures méthodiques et d’une vigilance accrue de chaque intervenant qui permet à la pluralité linguistique de s’exprimer sans faux pas. Comme le rappelle le rapport annuel de l’Agence européenne pour la cybersécurité (ENISA), « le facteur humain reste la première cause de violation de la sécurité, mais aussi la première ligne de défense, à condition d’être formé et responsabilisé ».

  • Privilégier la transparence sur les risques et les limites techniques des outils choisis.
  • Mettre à jour les procédures et former régulièrement tous les intervenants.
  • Garder un canal de communication sécurisé ouvert avec l’ensemble du comité d’organisation.

Dans un monde multilingue, la sécurité des échanges à distance n’est plus un « plus », mais le socle incontournable de chaque prestation : c’est la condition pour garantir l’efficacité, la confidentialité et la confiance, quels que soient la langue, le contexte ou la distance.

Sources Liens / Références
1. AIIC Survey 2023 aiic.org
2. IBM Cost of a Data Breach Report 2023 IBM Data Breach 2023
3. AIIC – Confidentiality in Remote Interpreting aiic.org
4. Microsoft 365 Security Documentation Microsoft Teams Security
5. ENISA Threat Landscape 2023 enisa.europa.eu

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